Friday 27. November 2020

Prof. Jacques Haers sj

La Création Durable


 

La notion Judéo-Chrétienne de la Création nous offre des perspectives précieuses sur la compréhension du développement durable : respect et admiration de toutes les créatures ; un sentiment d’interconnexion originelle ;  une responsabilité de l’homme dans la création d’une réalité brisée.

 

En premier lieu, le mot « création » indique la présence et l’œuvre de Dieu dans un monde en évolution constante à l’échelle de l’univers. Cet engagement nous invite au respect de notre prochain, ainsi que de la nature, et nous offre l’opportunité d’explorer et de profiter d'un monde aux dynamiques extraordinaires. Pouvons-nous concevoir des politiques de développement durable fondées sur une attitude d’émerveillement, au-delà du point de vue concurrentiel et productiviste qui tend à présider à notre approche de la nature ? Sommes-nous prêts à apprendre d’autres cultures, comme celles des peuples indigènes, comment vivre une relation constructive avec la nature?

 

Par ailleurs, la « création » signifie une interdépendance vitale : le monde est un Tout interconnecté, dont les longues évolutions ont rendu possible l’émergence de la vie – en particulier humaine – dans l’univers. Oublier ou négliger cette interdépendance vitale en isolant certaines créatures vis-à-vis des autres, ou en considérant certaines créatures comme l’unique point d’attention de la réalité – à l’instar des visions du monde anthropocentrées – conduit  à des modes de vie prédateurs et autodestructeurs. Le Pape François a indiqué que : « la désertification du sol est comme une maladie pour chacun ; et nous pouvons nous lamenter sur l’extinction d’une espèce comme si elle était une mutilation ». La question est celle de savoir si nous sommes capables de mettre en place des politiques de développement durable qui prend en compte notre dépendance vitale vis-à-vis de la nature et, par conséquent, respecte la bonne dynamique de la nature?

 

A cause du délabrement de notre monde, où l’exploitation de la nature et de ses ressources se conjugue à une injustice au niveau global envers les populations humaines pauvres de la planète, d’aucuns refusent de le qualifier de « création » : ce serait enjoliver de façon inacceptable la situation réelle. D’autres mettent en avant que "la création" désigne une vision que l’on appréhende selon un engagement responsable et de conciliation, tourné vers un monde durable et vers une justice de la création mondiale et humaine. Cela, en étant éclairé par l’expérience des pauvres, la préoccupation pour les générations futures et les souffrances que la nature nous impose. Sommes-nous prêts à assumer notre responsabilité envers la nature et l’environnement, fondée sur le rôle particulier de l’être humain au sein d’une création dont il est si vitalement dépendant?

 

Prof. Dr. Jacques Haers sj

Membre de la Faculté de Théologie et d’Etudes Religieuses, KU Leuven


 

Version originale de l’article : anglais 

 

 

 

"La dégradation de la nature est, en effet, étroitement liée à la culture qui façonne la communauté humaine, c’est pourquoi quand l’ "écologie humaine” est respectée dans la société, l’écologie proprement dite en tire aussi avantage (...)”. Pape Benoît XVI. (Si tu veux construire la paix, protège la création, 12)

 

 

"Il y a d’autres êtres fragiles et sans défense, qui très souvent restent à la merci des intérêts économiques ou sont utilisés sans discernement. Je me réfère à l’ensemble de la création. En tant qu’êtres humains, nous ne sommes pas les simples bénéficiaires, mais les gardiens des autres créatures" Pape François (Evangelii Gaudium, 215)

 


Garder la création est une indication de Dieu donnée non seulement au début de l’histoire, mais à chacun de nous ; c’est dans son projet.

 

 

 

 

 

 

http://www.theeuropeexperience.eu/